Washington sort du régime climatique onusien, Bruxelles se tait

Un retrait plus profond que celui de l’Accord de Paris

Mercredi 7 janvier, la Maison Blanche a annoncé un décret ordonnant la sortie des États-Unis de 66 organisations internationales jugées contraires aux “intérêts américains”. Parmi elles figurent 31 organisations liées à l’ONU, dont la CNUCC, traité-cadre adopté en 1992 lors du Sommet de la Terre de Rio et socle juridique du régime climatique international.

Cette rupture marque une escalade par rapport au premier mandat de Donald Trump. En 2017, les États-Unis s’étaient retirés de l’Accord de Paris, tout en restant dans la CNUCC, ce qui leur permettait de continuer à participer aux COP et aux mécanismes de négociation onusiens. Sortir de la CNUCC, c’est se placer en dehors du forum central où se discutent les règles, les trajectoires et les engagements climatiques nationaux.

Giec, financements, agences : un désengagement systémique

Le décret prévoit également le retrait du Giec (IPCC), référence mondiale en matière d’évaluation scientifique du changement climatique. Au-delà du symbole, ce départ affaiblit la coopération scientifique internationale, au moment où de nombreux pays s’appuient sur les rapports du Giec pour calibrer leurs politiques d’atténuation et d’adaptation.

Selon les informations disponibles, le désengagement américain viserait aussi d’autres piliers de l’action climatique internationale, dont le Green Climate Fund (Fonds vert pour le climat), ainsi que des organisations liées à la biodiversité et aux énergies renouvelables. L’effet cumulé pourrait se faire sentir sur la crédibilité des engagements financiers, la diffusion de standards communs et la capacité à coordonner des réponses multilatérales.

Une Europe étonnamment silencieuse

La réaction européenne contraste avec celle observée en 2017, lorsque plusieurs dirigeants avaient publiquement condamné la sortie américaine de l’Accord de Paris. Cette fois, les prises de position officielles restent limitées, comme si le climat passait au second plan derrière l’urgence sécuritaire et diplomatique, dans un contexte de crises géopolitiques et de rapports transatlantiques sous tension.

Cette discrétion interroge la capacité de l’Union européenne à incarner un leadership climatique robuste lorsque le multilatéralisme est frontalement attaqué. Elle révèle aussi une réalité politique : l’agenda climatique se retrouve souvent “en concurrence” avec la défense, l’énergie, l’industrie et la gestion des crises.

Quelles conséquences pour les COP et la coopération internationale ?

À court terme, les COP se poursuivront sans les États-Unis au sein du cadre onusien, mais avec un poids politique et financier amoindri. À moyen terme, l’incertitude porte sur la possibilité même d’un retour américain rapide, si les procédures juridiques et institutionnelles rendent la réintégration plus complexe qu’un simple revirement politique.

Pour l’Europe et ses partenaires, l’enjeu devient double : préserver l’intégrité du système CNUCC (règles communes, transparence, rehaussement des ambitions) et éviter un effet d’entraînement où d’autres États seraient tentés de relativiser leurs engagements. Dans ce contexte, la crédibilité des politiques internes européennes (mise en œuvre, financement, acceptabilité sociale) pèsera autant que les déclarations diplomatiques.

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