TotalEnergies et l’administration Trump ont signé et rendu public, ce 23 mars, un accord de redirection des capitaux investis dans les énergies éoliennes du géant français vers l’exploitation de Gaz Naturel Liquéfié (GNL) au Texas. De quoi rendre plus compliqué la défense de l’entreprise qui se voit poursuivi en justice par plusieurs requérants en Europe en raison de ses activités toujours plus polluantes.
L’administration Trump et TotalEnergies, une alliance pour intensifier l’exploitation des énergies fossiles
A rebours des indications du GIEC et des enjeux climatiques de notre temps, le 23 mars a été annoncé un accord liant l’administration Trump et TotalEnergies avec pour objet l’abandon de deux grands chantiers d’éoliennes offshore initialement prévu le long des côtes new yorkaises et de Caroline du Nord. D’une puissance prévue de 3 gigawatts d’énergie propre et renouvelable ces éoliennes avaient le potentiel pour alimenter approximativement un million de foyers soit l’équivalent de Lyon et Grenoble réunis.
C’était sans compter sur l’agenda d’un président américain souhaitant favoriser l’exploitation à grande échelle d’énergies fossiles tels que le GNL et le pétrole. En effet, est prévu un remboursement total des un milliard de dollars (860 millions d’euros) d’investissements contractés par TotalEnergies qui seront ensuite réinvestis dans des projets d’exploitation d’énergie fossile, comme la construction d’une centrale de GNL au Texas.
Cette « allocation plus efficace des capitaux« , des mots de Patrick Pouyanné, reflète en réalité une évolution dans la stratégie trumpienne d’offensive répétée contre les énergies bas carbone. Suite au recours en justice intenté par le groupe danois Ørsted contre une décision administrative bloquant toute avancée des travaux du projet Revolution Wind, Trump semble aujourd’hui vouloir privilégier l’accord à l’amiable en offrant un remboursement avant le début des constructions.
Plus coûteuse mais plus efficace, cette démarche a convaincu la multinationale française de se plier aux injonctions américaines alors même que Totalenergies se trouve lui aussi au milieu de turpitudes judiciaires en Europe en raison de ses activités extrêmement polluantes.
TotalEnergies en proie à plusieurs poursuites juridiques simultanées
Après sa plainte en 2024 contre TotalEnergies pour son impact dévastateur sur le climat, l’agriculteur wallon Hugues Falys obtient une confirmation par le Tribunal de Tournai de la recevabilité de son recours. Avec le soutien de 3 ONG belges, « The Farmer Case » a donc des chances de déboucher vers une sanction historique contre le 4ème producteur d’énergie fossile du monde.
C’est à la suite de pertes agricoles considérables entre 2016 et 2024 que Hugues Falys accompagné de FIAN, Greenpeace Belgique et la Ligue des droits humains ont intenté une poursuite en justice contre le géant des hydrocarbures.
Dans une perspective principalement écologiste, les requérants demandent simplement 1 euro symbolique de dédommagement mais surtout un plan de transition de la part de Total incluant l‘arrêt de tout nouveau projet d’exploration ou d’exploitation, mais aussi une réduction de 47% de sa production d’hydrocarbures d’ici 2030 et de 75% d’ici 2040. En somme, de quoi faire correspondre le mix énergétique produit de l’entreprise à l’objectif de neutralité carbone d’ici 2050 qu’elle avait trompeusement affiché sur place publique et qui lui a vallu une sanction juridique en 2025.
Malgré la recevabilité du dossier, nous devrons patienter jusqu’au 9 septembre avant que les débats ne repartent et que le Tribunal de Tournai, chargé de statuer sur l’affaire, ne commence son jugement sur le fond. En effet, les juges ont décidé d’attendre la résolution d’une affaire similaire portée en France par la Ville de Paris et d’autres ONG à l’encontre de Total.
Le fond de l’affaire française concerne le non respect d’une loi de 2017 instaurant un devoir de vigilance aux multinationales. Total aurait omis d’inclure dans son plan de vigilance les potentiels risques climatiques induits par ses multiples activités. Au vu de la similarité des deux affaires, les juges belges ont ainsi préféré attendre la résolution de l’affaire française, prévue au 25 juin 2025 avant de statuer sur le fond du Farmer Case.
Saluée comme un « signal d’espoir » par l’avocate du requérant, Marie Doutrepont, cette décision ouvre la voie à un procès historique contre une entreprise dont l’empreinte carbone équivaut au quart de l’ensemble de ce qui est émis sur le territoire français (selon les propres chiffres de l’entrerpise).