Le parc locatif wallon face au défi de la rénovation énergétique juste

Canopea, fédération wallonne d’associations environnementales, a publié dernièrement une étude qualitative revenant sur les enjeux de la rénovation du parc locatif en Wallonie. C’est au travers d’entretiens avec les acteur·rice·s du secteur que Canopea constate l’existence de nombreux obstacles structurels alors même que la région wallonne a publié en novembre dernier son plan d’action pour correspondre aux attentes européennes en termes de décarbonation du logement sur son territoire.

Entre ambitions européennes et réalités du bâti wallon

Le cadre européen de la rénovation du logement s’inscrit dans les objectifs de la loi européenne sur le climat, qui vise à réduire les émissions de gaz à effet de serre d’ici 2030 par rapport à 1990 et à atteindre la neutralité climatique en 2050. Dans cette perspective, la directive européenne de 2024 sur la performance énergétique des bâtiments renforce les exigences de rénovation, accélère la sortie des chaudières fossiles et favorise le recours aux énergies renouvelables, notamment le solaire. Elle cible en priorité les bâtiments et logements les plus énergivores, afin de réduire l’impact climatique du secteur du bâtiment tout en améliorant l’efficacité énergétique du parc immobilier européen.

Pour correspondre aux objectifs européens, la région wallonne a encore beaucoup de chemin à parcourir. En effet, son parc bâti est principalement constitué de vieux bâtiments caractérisés par une faible performance énergétique et une utilisation majoritaire du chauffage fossile. Mécaniquement, la performance énergétique du parc résidentiel wallon existant se révèle insatisfaisante au regard des exigences qu’impose le changement climatique.

À la lecture du Plan wallon de rénovation énergétique des bâtiments publié par le gouvernement wallon et et des données collectées à partir des certificats de performance énergétique des bâtiments (PEB), on constate qu’en 2023 la catégorie G regroupait le plus grand nombre de logements avec une part de 22,9 % de l’ensemble du parc existant. Plus généralement, environ 71 % des logements wallons sont catégorisés en classe D ou inférieure. La grande majorité des logements présentent donc des performances énergétiques médiocres, avec des consommations supérieures à 300 kWh/m²/an.

Selon l’agenda établi, il reste donc à la région wallonne 20 ans (horizon 2046) pour que l’ensemble de ce parc existant, en plus des nouveaux logements construits, se hisse à la catégorie C de performance énergétique. Or, les rénovations profondes permettant une réelle amélioration de la performance énergétique ne concernent qu’une part très réduite des rénovations effectuées.

C’est donc un véritable tour de force qui doit s’opérer pour permettre à la région wallonne de répondre à l’objectif européen de neutralité carbone. Cette transition massive ne doit cependant pas se faire au détriment des locataires.

Articuler rénovation ambitieuse et protection des locataires

C’est à partir d’un constat général, qui laisse peu de place à l’immobilisme de politiques publiques encore trop peu ambitieuses, que Canopea a publié, au début du mois d’avril, un rapport intitulé « Comprendre les enjeux de la rénovation du parc locatif en Wallonie ». Celui-ci met notamment en avant la nécessité de mobiliser une diversité d’indicateurs pour appréhender les enjeux de la rénovation énergétique dans toutes leurs dimensions, en particulier sociales. Sur ce point, plusieurs personnes interrogées remettent en question la pertinence du certificat PEB ainsi que le cadre d’évaluation trop restrictif qu’il impose.

Plusieurs acteurs plaident ainsi pour dépasser une approche centrée uniquement sur ce certificat, jugé trop théorique, en intégrant des dimensions complémentaires telles que les consommations mesurées ou encore l’énergie grise des matériaux. Ils appellent également à l’intégration et à l’utilisation plus systématique d’outils complémentaires dans le plan de rénovation wallon, à l’image des passeports bâtiment ou des déclarations énergétiques annuelles.

Enfin, plusieurs personnes insistent sur le besoin d’articuler la performance énergétique aux conséquences qu’elle peut avoir sur la salubrité du logement et donc sur les conditions de vie des habitant·e·s. Moisissures, surchauffe estivale, qualité de l’air sont autant d’éléments qu’il serait nécessaire de prendre en compte lors de la rénovation et de l’amélioration de la performance énergétique du bâti habité.

Étudier les conséquences multiples de la déperdition énergétique du logement introduit donc une grille de lecture élargie qui permettrait une meilleure compréhension du problème, de meilleures réponses politiques mais aussi une prise en considération des enjeux sociaux qui sous-tendent le sujet énergétique. Ces conséquences vont cependant bien au-delà de l’aspect sanitaire en touchant tout autant au porte-monnaie des personnes les plus vulnérables économiquement.

Ainsi, on discerne aisément le paradoxe de voir des ménages qui, pensant économiser, choisissent des logements à faibles loyers, mais se retrouvent à la fin du mois avec une facture énergétique importante du fait d’une isolation très mauvaise. D’autres facteurs de risques pour le ménage moyen sont à souligner, par exemple celui de voir son loyer augmenter une fois les rénovations effectuées ou encore de ne pouvoir habiter le logement durant la période de travaux sans solution de relogement à disposition.

La fédération d’associations environnementales, à travers son rapport, plaide pour une réponse politique ambitieuse intégrant un panel élargi d’indicateurs. Ceux-ci permettraient de répondre aux enjeux climatiques tout en se prémunissant de conséquences sociales regrettables qui saperaient la légitimité de l’action politique environnementale en matière de logement.

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