Les Jeux olympiques d’hiver de Milan-Cortina sont-ils vraiment durables ?

Les Jeux olympiques de Milan-Cortina 2026, présentés à l’origine comme une vitrine de « durabilité », suscitent pourtant un important mécontentement en raison de leur empreinte écologique réelle et des nombreuses contradictions entre les promesses vertes et la réalité.

Un événement qui se veut « durable »

Le Comité international olympique (CIO) ainsi que le comité d’organisation de Milan-Cortina 2026 s’efforcent de mettre en avant une stratégie de durabilité. Celle-ci serait structurée autour de la réutilisation d’infrastructures existantes, d’énergies renouvelables et d’objectifs ambitieux en matière de recyclage et de réduction des déchets. L’initiative « Now26 », affiche l’ambition d’une approche « holistique, concrète et progressive » de la durabilité, avec une évaluation environnementale prévue avant, pendant et après les Jeux, sous la responsabilité de la Fondazione Milano Cortina 2026.

En théorie, cette édition des JO d’hiver bénéficie d’un « avantage structurel » par rapport à d’anciennes éditions très carbonées, en mobilisant davantage des sites existants et en limitant certaines constructions neuves. Cela réduit l’empreinte liée au béton, aux matériaux et au risque d’infrastructures inutilisées après l’événement. Toutefois, la dispersion géographique des sites sur plusieurs régions du nord de l’Italie rend la logistique plus complexe et renforce la dépendance aux transports, un facteur clef de l’empreinte globale.

Derrière les promesses, une réalité froide

Un rapport de Scientists for Global Responsibility et du New Weather Institute estime que les Jeux de Milan-Cortina devraient générer environ 930 000 tonnes d’équivalents CO2, dont près de 410 000 liées aux déplacements des spectateurs, confirmant que le poste « transport » demeure de loin le principal contributeur aux émissions.

Au-delà du climat, les impacts sur les milieux de montagne sont au cœur des critiques. L’usage massif de neige artificielle pour sécuriser les compétitions accroît la pression sur l’eau et l’énergie dans des territoires déjà fragilisés par le réchauffement climatique, avec des prélèvements en périodes de bas débits et des risques accrus pour les écosystèmes locaux. Des estimations évoquent une perte d’environ 2,3 km² de couverture neigeuse dans les années à venir imputable aux émissions des Jeux, soulignant le paradoxe d’un événement hivernal qui contribue lui-même à fragiliser les conditions qui le rendent possible.

Les « Jeux verts » promis se heurtent aussi à la réalité de chantiers lourds, facilités par des lois d’exception qui assouplissent les règles environnementales et d’urbanisme habituellement en vigueur. La construction d’un nouveau téléphérique à Cortina est un bon exemple de chantier qui risque de poser problème car situé sur un versant sujet aux glissements de terrain.

Certaines infrastructures, notamment les pistes de bobsleigh, luge et skeleton, concentrent les critiques en raison de leur coût, de leur forte consommation d’énergie et de leur usage très limité, alors même que des installations existantes auraient pu être réutilisées. Pour de nombreux observateurs, ces équipements symbolisent une logique de prestige incompatible avec une véritable transition écologique.

Des Jeux à l’origine d’un grand mécontentement

Ce décalage entre discours et pratiques a nourri un mécontentement qui s’est cristallisé à l’approche de l’ouverture des Jeux. À Milan, plusieurs mobilisations ont rassemblé de nombreuses personnes dénonçant des Jeux « écologiquement et économiquement insoutenables ». Les manifestants fustigent la déforestation pour de nouvelles infrastructures, l’artificialisation des sols, la marchandisation accrue de la montagne et la pression sur les habitants par la hausse des coûts du logement et la gentrification des quartiers concernés.

En réalité, les controverses autour des JO de cette année s’inscrivent dans un débat plus large, à savoir celui sur la compatibilité des événements sportifs de très grande ampleur avec les objectifs climatiques et la protection des écosystèmes, en particulier en montagne. Pour l’instant, Milan-Cortina 2026 apparaît comme un cas emblématique de tension entre un récit de « Jeux plus verts » et un impact environnemental toujours très élevé, qui nourrit une contestation sociale structurée autour de la défense des territoires, de la justice climatique et de la dénonciation du greenwashing. Les réactions qu’il suscite en Italie et en Europe pourraient contribuer à redéfinir les standards de durabilité exigés des grands événements sportifs à venir.

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