Le Pape Léon XIV : Quelle ligne politique en matière d’écologie pour le Vatican ?

Léon XIV, élu pape par le conclave de 2025, se démarque de son prédécesseur François dans la place qu’il attribue à l’écologie dans le discours pontifical. Avec François, le Vatican considérait les problèmes contemporains (comme la perte générale de confiance en l’avenir, la multiplication des conflits armés, etc.) comme les fruits d’une crise avant tout socio-environnementale. La préoccupation écologique fonctionnait souvent comme la catégorie intégratrice des considérations pontificales, ce qui n’est plus le cas aujourd’hui. Le discours de Léon XIV au siège de l’UNESCO le 25 septembre lors de sa visite à Paris illustre bien le changement de paradigme qui s’est opéré au Vatican.  

L’écologie perd sa place de premier plan dans le discours pontifical  

En mai 2026, Léon XIV a publié la lettre encyclique « Magnifica Humanitas ». Ce document destiné à tous les fidèles du monde entier permet de présenter les nouvelles considérations et prises de position du Vatican après la mort du Pape François. On remarque que l’écologie a une place beaucoup moins importante que dans la lettre encyclique « Laudato Si » de François. Cette lettre, qui portait comme sous-titre « SUR LA SAUVEGARDE DE LA MAISON COMMUNE », mettait les préoccupations environnementales au premier plan, en proposant dès les premières pages une « écologie intégrale ». François entendait par cela la nécessité impérieuse de « sauvegarder notre maison commune » en incluant « la préoccupation d’unir toute la famille humaine dans la recherche d’un développement durable et intégral ». Les thèmes du climat, de la durabilité, de la biodiversité, des déchets ou encore et de la transition écologique étaient souvent abordés par l’ancien Pape. Pour Léon XIV, en revanche, la racine des difficultés auxquelles font aujourd’hui face les sociétés n’apparaît plus située dans la relation des êtres humains avec l’environnement, mais dans la compréhension que l’être humain a de lui-même. Léon XIV écrit dans l’introduction de sa lettre encyclique : « À l’ère de l’intelligence artificielle où la dignité humaine risque d’être éclipsée par de nouvelles formes de déshumanisation, nous avons le devoir urgent de rester profondément humains, en préservant avec amour cette magnifique humanité (…) qu’aucune machine ne pourra jamais remplacer dans sa splendeur ». Dans cette perspective, la critique de la technocratie change également. Chez François, le paradigme technocratique apparaissait très lié à l’exploitation de la terre et à la logique de domination sur la « création ». Chez Léon XIV, cette critique se déplace vers la domination sur l’être humain lui-même.  

L’engagement écologique demeure cependant un aspect important de la politique pontificale 

La Commission Théologique Internationale du Vatican a publié mercredi 2 septembre 2026 un nouveau document portant sur les réflexions menées entre 2022 et 2025 sur le lien entre théologie et écologie. Ce travail, impulsé par le pape François, a toutefois été approuvé par le Pape Léon XIV pour être publié, témoignant de sa sensibilité écologique. En effet, Léon XIV reprend souvent des concepts du Pape François comme la notion d’« anthropocentrisme situé » qui place l’être humain comme « administrateur et serviteur de la Création ». Il a aussi notamment déjà fait de grands discours dédiés au climat, comme celui du 1er Octobre 2025 où il demandait de « mettre la pression sur les gouvernements » en termes de « conversion écologique ».

Léon XIV met en garde contre l’IA, notamment sa consommation d’eau   

L’IA inquiète beaucoup le nouveau Pape qui lui a dédié de nombreuse partie dans « Magnifica humanitas ». Il explique que l’IA, bien qu’elle puisse constituer une aide précieuse, nécessite une approche particulièrement mesurée et vigilante. Il explique : « Les systèmes d’IA actuels nécessitent de grandes quantités d’énergie et d’eau, ils ont un impact significatif sur les émissions de dioxyde de carbone et consomment des ressources de manière intensive. (…) C’est pourquoi il est essentiel de développer des solutions technologiques plus durables. ». Lors d’un discours au Vatican le 23 septembre, Léon XIV a aussi souligné l’importance de protéger l’eau et son accès par toutes et tous, en dénonçant qu’elle a été « transformée en marchandise, oubliant qu’elle est un don universel ». « Magnifica humanitas » s’interroge également sur les conséquences cognitives, sociales et morales de cette technologie dans le contexte actuel de montée générale des tensions et des conflits. Il dénonce aussi les « nouvelles formes d’esclavages » associées à l’IA, notamment « dans certaines régions du monde [où] des adolescents et des enfants travaillent dans des conditions dangereuses au broyage des matériaux dont on tire les terres rares ». Le chef du Vatican appelle mondialement à créer « des cadres juridiques adéquats, une surveillance indépendante », afin d’empêcher cette technologie « de dominer l’humain ».

Malgré ces prises de positions sur l’IA, Léon XIV reste moins progressiste que son prédécesseur sur les questions écologiques. Dans les milieux conservateurs, il est perçu comme se recentrant sur un discours à tonalité beaucoup plus spirituelle. Il ne fait pas cependant consensus dans ces milieux comme l’illustrent les nombreuses critiques publiques émise par Donald Trump qui le trouve encore trop progressiste. 

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