Avec 30°C à Bruxelles et 35°C à Londres, l’Europe du Nord-Ouest connaît un pic de chaleur historique pour un mois de mai. Défiant toutes les prévisions scientifiques, ce dôme de chaleur s’annonce ainsi comme un signal fort : le réchauffement climatique progresse à un rythme potentiellement plus rapide qu’anticipé.
Qu’est-ce qu’un dôme de chaleur ?
Un dôme de chaleur désigne une masse d’air très chaud qui reste bloquée plusieurs jours au-dessus d’un territoire. Ce blocage est généralement provoqué par un anticyclone puissant, qui agit comme un couvercle : il empêche l’air chaud de s’échapper, limite la formation de nuages et laisse le soleil chauffer davantage le sol. L’air est également comprimé vers le bas, accentuant la chaleur ressentie.
Ce phénomène peut provoquer des canicules intenses, des sécheresses, des incendies et de graves risques pour la santé, surtout chez les personnes âgées ou fragiles. Au Royaume-Uni, le pic de 35°C a dépassé de loin l’ancien record de 32,8°C atteint en mai 1944. Une île peu habituée à ce type de climat méditerranéen pourrait donc voir dans les prochains jours une hausse du nombre de signalements de décès parmi les populations vulnérables.
Un phénomène de plus en plus récurrent et intense
Si le réchauffement climatique ne crée pas à lui seul les dômes de chaleur, il en accentue la précocité et l’intensité. Le phénomène observé cette année dépasse les projections scientifiques :
« Nous nous attendions à cette précocité, mais pas avant les années 2040 ou 2050. Or le phénomène est déjà là, avec dix, vingt, voire vingt-cinq ans d’avance sur les prévisions », explique Sébastien Doutreloup, climatologue et géographe à l’ULiège.
Parmi les différentes régions du monde, l’Europe se distingue particulièrement. Elle figure parmi les zones où le réchauffement est le plus rapide, avec un rythme supérieur à deux fois la moyenne mondiale. Dans ce contexte, les épisodes d’intense chaleur, tels que les dômes de chaleur, suivent la même tendance, ce qui accroît fortement le risque de nouveaux records de température dans les années à venir.
Un « super » El Niño attendu pour l’année prochaine
Les dômes de chaleur ne sont pas les seuls phénomènes préoccupants. Le retour d’El Niño, un réchauffement cyclique des eaux du Pacifique, pourrait frapper dans les prochains mois avec une intensité inédite.
En plus d’un risque estimé à 80% pour qu’un épisode El Niño arrive d’ici juillet, plusieurs services météorologiques internationaux prévoient déjà des anomalies supérieures à +2,5°C d’ici la fin de l’année et pourrait impacter durement la moyenne de température de 2027.
Un précédent récent illustre ce risque : un fort El Niño s’est développé en 2023 et a largement contribué à faire de 2024 l’année la plus chaude jamais enregistrée. Même lorsque La Niña est revenue en 2025, entraînant une légère baisse de la température globale, celle-ci n’est jamais retombée aux niveaux de 2022, car les gaz à effet de serre accumulés dans l’atmosphère ont neutralisé l’effet de refroidissement habituel.
Ces deux phénomènes de hausse de température (dômes de chaleur et El Niño) participent à l’intensification des extrêmes.
Dans le cas de El Nino, les scientifiques ne sont pas encore certains de l’influence direct du réchauffement climatique. Ce qui est clair cependant, c’est que dans un monde plus chaud il ne faut pas une grande augmentation de chaleur pour rendre la température insupportable.
L’ensemble de ces phénomènes fait craindre des scénarios particulièrement graves pour les populations les plus vulnérables en Europe. Dans ce contexte, une réponse politique forte, proactive et coordonnée à l’échelle internationale est indispensable mais tarde à apparaître.