Afin de contribuer à la décarbonation du transport maritime des marchandises, l’entreprise Wakeo a développé et lancé en 2023 un outil numérique d’optimisation des traversées. Soutenue par le programme de financement France 2030, cette démarche s’inscrit pleinement dans l’objectif annoncé par l’Organisation maritime internationale de neutralité carbone du secteur à l’horizon 2050. Sachant que le secteur émet plus de 1 milliard de tonnes d’équivalent CO₂ par an, ce type d’innovations sera-t-il suffisant pour parvenir à nettoyer les écuries d’Augias ?
Le fret maritime, colonne vertébrale polluante de l’économie mondialisée
Dans une économie mondialisée, la question de la décarbonation du fret maritime est à la fois un sujet sensible et important à traiter. Si le secteur est caractérisé par une émission de gaz à effet de serre en nette augmentation depuis plusieurs années, il reste que la grande majorité des objets que nous utilisons au quotidien ont été livrés sur le territoire européen par ce mode de transport. En effet, 80 à 90% des transports de marchandises se font actuellement par voie maritime ce qui rend l’ensemble de l’économie particulièrement dépendante de la capacité des bateaux à acheminer sans encombres leur cargaison, la crise en cours autour du détroit d’Ormuz et la crise inflationniste qu’elle laisse présager en est un indicateur éloquent.
Le transport maritime de marchandises constitue donc aujourd’hui l’un des secteurs les plus polluants et les plus difficiles à décarboner. Ses émissions de gaz à effet de serre suivent une trajectoire globalement ascendante depuis 2016, malgré le ralentissement temporaire observé pendant la crise du Covid-19 : elles sont passées de 814 Mt CO₂e en 2016 à 911 Mt CO₂e en 2023, soit une hausse d’environ 12 % en sept ans.
À plus long terme, l’augmentation est encore plus marquée, avec une progression de plus de 140 % depuis 2000. Le secteur représente désormais près de 3 % des émissions mondiales de gaz à effet de serre, soit un volume comparable aux émissions d’un grand pays industrialisé comme l’Allemagne ou le Japon. Cette situation est d’autant plus préoccupante que, sans politiques climatiques ambitieuses, la part du transport maritime pourrait atteindre jusqu’à 17 % des émissions mondiales d’ici 2050.
Ces données montrent que la neutralité carbone dans le transport maritime sera particulièrement difficile à atteindre, car elle suppose de transformer un secteur mondial, fortement dépendant des énergies fossiles, essentiel au commerce international et marqué par des infrastructures lourdes à renouveler.
Une innovation technologique significative
Dans ce contexte, Wakeo propose un outil à destination des entreprises afin de les aider à sélectionner la meilleure route maritime et le meilleur transporteur en fonction de différents éléments, notamment le temps de transit et les émissions de gaz à effet de serre. Appelé Trusted Routes, cet outil vise donc à optimiser la performance économique tout en promettant un impact environnemental bénéfique. Et pour cause, en plus de réduire l’émission maritime ce sont les émissions des avions cargo qui sont dans leur viseur.
Comme en témoigne le nom de l’outil, Trusted Routes apporte de la prévisibilité et de la fiabilité aux transits maritimes en prenant en compte des données aussi diverses que les conditions météorologiques et géopolitiques. Ce faisant, les entreprises peuvent mieux planifier les trajets, évitant les imprévus et donc le recours à l’avion comme moyen de transport de marchandises en urgence.
Wakeo donne l’exemple d’un industriel automobile qui, au moyen de cet outil, a pu écourter de 14 jours un trajet entre Jakarta et Constanta tout en évitant 54 tonnes d’émission de CO₂ par an.
Selon les dires de l’entreprise, l’utilisation de cet outil sur cinq ans pourrait réduire de 10 % les émissions du transport maritime, diminuer de 15 % l’aérien planifié et jusqu’à 40 % l’aérien de dernière minute, soit 16 millions de tonnes de CO₂ évitées.
Ce faisant, cet outil répond également à une lacune structurelle du secteur : le manque de données agrégées et comparables. En collectant des informations issues de plusieurs milliers de navires, puis en les uniformisant et en les comparant, le dispositif offre une vision plus précise des réalités du transport maritime de marchandises. Cette avancée pourrait ouvrir la voie à des progrès scientifiques significatifs et, à terme, renforcer la capacité d’adaptation du secteur dans la perspective de la neutralité carbone.
Cette solution doit toutefois être complétée par des transformations structurelles plus larges du fret maritime si l’on veut atteindre l’objectif de neutralité carbone d’ici 2050. Dans cette perspective, le Conseil d’orientation pour la recherche et l’innovation des industriels de la mer (CORIMER) soutient également plusieurs projets jouant sur d’autres leviers de décarbonation, allant de la conception de navires de nouvelle génération moins émetteurs de gaz à effet de serre au développement de ports électrifiés.